Antisauvage

 

Si, comme le dit Shakespeare, le monde entier est un théâtre et que les hommes en sont ses acteurs, qui le met en scène et qui sont les spectateurs ? Dans ce monde des hommes, une présence incessante et éternelle nous impose son existence et questionne notre rôle sur la scène du monde.

 

La nature est là, là où elle a toujours été et là où toujours sera. Elle une spectatrice de la comédie humaine, la première et ultime observatrice de la présence et de l’action de l’homme.


Comme les personnages de Shakespeare ou des tragédies grecques, l’homme pose une empreinte qui semble aveugle : des chemins, des champs, des coupes. L’homme joue son rôle de souverain de toutes les choses : il dompte la nature, il laisse ses traces, il la plie à ses besoins.


Mais ça ce n’est que la fiction de la scène. La nature elle reste immobile, éternelle, qu'elle soit là où ailleurs, elle est universelle, elle nous précède et nous succède, parfois en se transformant. Elle donne le rythme du temps et de l’espace. Elle suggère l’action de l’homme. Elle est la metteuse en scène ultime.


La nature est vivante. Elle est sur la scène à côté de l’homme, elle aussi joue son rôle qui est toujours le même : une actrice discrète de notre tragi-comédie. Par sa présence, elle teint l'homme d'ironie, lui qui se pense seul maître du monde.
Mais toute l’œuvre humaine s’inscrit en creux de cette éternelle et puissante compagne. Le cadre photographique définit une scénographie, un espace scénique, lieu de cette action. La nature remplit ce cadre et l'homme également, au travers de son empreinte.


Les photographies présentées proposent des petits morceaux de coexistence homme-nature. L'absence physique de l'homme du cadre traduit son caractère éphémère.

Tous droits réservés - Maria Elena Capra et Patrick Sault

Le CP5, Paris - Janvier 2019